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Géraud BOURNET est un illustrateur indépendant de formation scientifique (ingénieur en sciences de l’eau). Artiste autodidacte, il travaille principalement pour le secteur culturel et associatif. Il réalise également des illustrations pour la presse, la littérature jeunesse et de nombreux travaux en sérigraphie.

 

Suite à la catastrophe de Fukushima en mars 2011, la question du nucléaire l’a absorbé. Il est l’auteur de Franckushima, un essai graphique expliquant à travers la catastrophe de Fukushima le risque nucléaire auquel nous sommes exposés en France. « Franckushima me permet de faire le lien entre mes compétences scientifiques et artistiques et de proposer une approche de la thématique du nucléaire documentée, sensible et graphique. »

 

Géraud BOURNET a fait appel à de nombreux collaborateurs afin de recueillir des témoignages, des textes originaux et des informations qu’il a regroupés dans Franckushima « caisse de résonance sur les catastrophes nucléaires ».

 

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INTERVIEW
Comment est né ce projet ?

 

Au cours de l’année 2011, j’ai été très choqué par le peu de réactions en France et l’oubli rapide du désastre qui a suivi. Voulant en savoir plus, je n’arrivais pas à trouver de livres autres que des « pavés » intellectuels et militants ou des ouvrages de vulgarisation relativement superficiels pour me documenter sur le sujet.

 

Vu l’ampleur des risques auxquels nous sommes exposés, la question du nucléaire est pourtant l’affaire de tous. Le nucléaire peut-il se réduire à une question purement technique ? Sa complexité justifie-t-elle qu’on ne la confie qu’à des spécialistes ?

 

J’ai voulu écrire ce livre car nous avons besoin de connaissances et d’arguments pour prendre position dans un débat qui dépasse largement le cadre des choix énergétiques. C’est un débat social et politique avant tout, un véritable choix de société.

Les témoignages ont une place importante dans votre ouvrage. Pourquoi ?

 

Les deux années d’investigation qui ont précédé la rédaction du livre ont été nourries de rencontres, interviews, revues de presse, lectures d’articles scientifiques et rapports officiels, recueil de témoignages, visionnages de vidéos et de documentaires, écoutes d’émissions de radio et de conférences.

 

Les rencontres et les témoignages m’ont beaucoup plus marqué que les nombreux rapports d’experts sur le sujet. Seule la population peut vraiment décrire ce qu’elle vit et les difficultés auxquelles elle doit faire face. Je me suis alors mis à collecter des retours d’expérience dans l’optique de faire circuler la parole de celles et de ceux dont le nucléaire a chamboulé la vie.

 

Ce livre est une passerelle entre le documentaire, l’analyse et le récit qui recueille et restitue des points de vue auxquels nous pouvons nous identifier.

Dans Franckushima, certains passages sont illustrés, d’autres non. Pourquoi ce choix ?

 

Regardez dans votre entourage. Qui lit des livres sur le nucléaire ? À peu près personne. C’est un sujet complexe et rébarbatif réservé aux experts et aux militants écologistes. Je me suis dit qu’en travaillant sur l’aspect graphique, je pourrais rendre la lecture d’un livre sur le nucléaire plus attractive. L’ouvrage, est donc rythmé par des illustrations, cartes et planches de bandes dessinées afin d’en faciliter la compréhension et la lecture.

 

Un bon dessin peut raconter autant de choses qu’un long texte. Les schémas et les cartes offrent la possibilité de synthétiser des informations complexes et la bande dessinée permet d’entrer dans l’univers plus intime d’un témoignage. Il y a deux axes dans mon travail : une démarche journalistique (revues de presse, recherches documentaires, interviews, témoignages et textes d’analyses) et une démarche artistique, qui utilise l’image pour conceptualiser et interroger.

 

J’ai eu envie de réaliser un travail collaboratif, en réseau, pour offrir aux lecteurs une multiplicité de points de vue qui refléterait le côté polémique du sujet.

De nombreux partenaires soutiennent votre projet, quels sont vos liens avec ces différents partenaires ?

 

Lorsque j’ai commencé à écrire Franckushima, de nombreuses personnes avaient, chacune à leur manière, commencé à documenter la catastrophe. J’ai eu envie de réaliser un travail collaboratif, en réseau, pour offrir aux lecteurs une multiplicité de points de vue qui refléterait le coté polémique du sujet.

 

J’ai pris contact avec des scientifiques et chercheurs, des réalisateurs, des auteurs, des Japonais résidant au Japon et à l’étranger, des travailleurs du nucléaire et des militants associatifs.

 

Certains m’apportent leur expertise scientifique et leur connaissance du sujet, le droit d’adapter des extraits de livres ou de documentaires. D’autres témoignent, me font parvenir des documents, études, ouvrages, photographies et analyses personnelles. J’ai également fait appel à plusieurs relecteurs pou garantir à l’ouvrage la rigueur scientifique et historique nécessaire.

Pourquoi ce titre « Franckushima »?

 

Au tout début du projet, je voulais écrire un livre traitant à la fois de la catastrophe de Fukushima et de la situation du nucléaire en France. Il ne se passe pas un jour sans un incident sur l’une des installations du parc nucléaire français et nous sommes déjà passés à plusieurs reprises à deux doigts de l’accident. Le vieillissement des centrales nucléaires et les vagues de départs à la retraite chez EDF seront les grands enjeux de la sûreté nucléaire en France ces prochaines années. Le parc nucléaire français atteint 30 ans d’âge en moyenne, ce qui correspond à la durée de vie pour laquelle les installations avaient été conçues. Le nombre d’incidents enregistrés chaque année ne cesse d’augmenter…

 

Au final, Franckushima est un livre sur la catastrophe de Fukushima qui traite en filigrane la question du risque nucléaire en France.

 

Comment ferions-nous face à un accident nucléaire d’une telle ampleur ? Quelles en seraient les conséquences environnementales, sociales, sanitaires et politiques ?

 

Ce qui est sûr, c’est qu’à long terme, une catastrophe nucléaire en France est inéluctable et qu’il faut dès à présent nous y préparer.

Propos recueillis par Maud BOURNET, Enseignante d’histoire-géographie spécialisée dans la gestion des risques, formatrice IFFO-RME (Institut Français de formation sur les Risques Majeurs).